Si on ne voulait qu'être heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont. [Montesquieu]
Après s’être installée quelque part dans ce métro, je m’aperçois très vite que le mot heureux ne correspond pas exactement à la définition qu’on peut accorder à ces visages ! les mots viennent de partout pour justement dévisager ces semblant d’humains sur le file du désespoir, oui c’est la seule chose qu’on peut vraiment extraire de ces silhouettes débout, éparpillées un peu partout, le regard dans le vague cherchant le bonheur dans une vie qui ressemble à tout sauf à une vie, alors on se croit dans une scène de théâtre où tout le monde doit jouer « Le rôle » : figé, immobile, sans vie, sans âme…
Dans un métro bourré de regards, ce qu’on craint le plus c’est d’y croiser le regard de celui qui n’attend plus rien de la vie, c’est comme dans un jeu dans carte on ne sait jamais ce que cache l’autre ! mais celui là il en cache tellement que ce n’est plus la peine de cacher, transparence ou résignation, révolte ou simple désinvolture, ce que l’autre dénonce nous attaque et nous incorpore jusqu’au bouts des doigts. Un genre de regard qui en dit long sur une vie mais encore bien plus long sur La Vie.
Trente minutes à esquiver. Crochet gauche, crochet droit, un regard vers la fenêtre, dans le sac à main de sa voisine, le foulard d’une vielle dame, puis les mains sales d’un gamin entrain de bouffer une tablette de chocolat, le pull rouge trop rouge d’une demoiselle qui essaie de tenir tant bien que mal à la barre verticale, la bouche ouverte d’un vieillard, dans ma montre…avec un peu de chance je ne croiserais pas de regards au cours de ces trente minutes…
Et si je le fais exprès, et si je le cherchais au lieu d’attendre qu’il m’attaque par hasard ! De toutes les manières je n’ai rien à perdre ma vie est déjà assez bien remplie comme ca, les dérives des uns peuvent bien se caler sur ma vie pour quelques minutes, je n’attendrais pas qu’il m’attaque je vais le chercher, cette fois c’est moi qui tend la main sans céder ma place !
Regard, regard ! Où es tu ?
Chez cet homme peut être, debout comme une canne, la bouche presque ouverte, qui essaie de respirer mais que l’air ne semble pas vouloir lui donner raison, le regard fixe la porte qui s’ouvre et se ferme, il est là, presque inexistant, mais qui prend de la place quand même…
Ce gamin peut être, perdu dans ce nuage de gens, perdu dans un conflit de couleurs pourtant rien ne bouge, rien n’indique qu’il sait ce qu’il voit, rien ne montre ce qu’il fait là ! Le hasard d’une enfance sans frontières…
Cette jeune fille, jeune, c’est trop dire à voir ses rides on dirait une dame de cinquante ans, dans une jungle d’humains elle s’agrippe à son sac à main, à la barre verte, à sa jupe, à cette femme juste devant elle, elle regarde partout, par terre, par ailleurs elle ne lâche rien …
Et celle là, c’est qui, pourquoi tant de haine, pourquoi tant de peur tant de malaise tant de questions…je crois la connaitre mais je ferais bien de descendre avant que mon regard croise le sien…